À quelques jours de Noël, les colères se sont multipliées sur les réseaux sociaux : impossible d’accéder à La Banque Postale, au suivi Colissimo ou à Digiposte. Derrière cette panne nationale qui a paralysé des millions d’usagers se cache une attaque DDoS d’ampleur inédite, confirmée par l’entreprise.
Que s’est‑il vraiment passé ? Qui sont les auteurs de cette cyberattaque ? Et surtout, comment de telles offensives peuvent‑elles encore bloquer des géants du numérique… malgré les moyens existants ?
Chronologie de la panne géante juste avant Noël
Le lundi 22 décembre 2025, les premiers signalements affluent sur les plateformes de suivi de pannes : laposte.fr, colissimo.fr et les applis La Banque Postale sont hors service.
Dans l’après‑midi, le groupe La Poste confirme un « incident réseau majeur », avant de préciser le lendemain qu’il s’agit bien d’une attaque DDoS (déni de service distribué).
Les services restent instables pendant plus de 48 heures, selon Les Numériques et TF1 Info, impactant des millions d’utilisateurs au moment le plus critique de l’année postale.
La situation est finalement stabilisée le 24 décembre, mais plusieurs sites rouverts restent en mode dégradé. Aucune fuite de données n’a été détectée, ce qui confirme qu’il ne s’agissait pas d’un piratage classique mais d’une saturation massive des serveurs.
La Poste a confirmé avoir porté plainte, et une enquête judiciaire nationale a été ouverte afin de tenter de remonter la piste des cybercriminels.
Comment fonctionne une attaque DDoS
Une attaque DDoS (Distributed Denial of Service) consiste à inonder un site web ou une application de millions de requêtes afin d’en saturer la capacité de réponse.
Ces requêtes proviennent souvent d’un botnet : un réseau mondial d’ordinateurs ou d’objets connectés piratés à l’insu de leurs propriétaires. En quelques secondes, la charge peut être telle que même les serveurs les plus robustes s’effondrent.
Dans le cas de La Poste, plusieurs indices suggèrent que plusieurs de ses sous‑domaines ont été visés simultanément, notamment ceux liés à la messagerie client et aux API de suivi colis. Les centres de données, pourtant répartis sur plusieurs zones, n’ont pas pu absorber la surcharge.
Ce type d’attaque est difficile à contrer car il exploite la puissance distribué du web lui‑même : plus on ajoute de serveurs, plus la surface attaquable augmente.
Qui se cache derrière l’attaque contre La Poste ?
À ce jour, aucune revendication officielle n’a été jugée crédible par les autorités. Le parquet de Paris a confirmé qu’une enquête avait été ouverte et confiée à la gendarmerie nationale et à la DGSI.
Selon plusieurs sources spécialisées, dont Silicon.fr, la signature technique de l’attaque très sophistiquée et provenant de multiples régions du monde évoquerait des groupes cybercriminels organisés plutôt que de simples activistes isolés.
Deux pistes sont actuellement étudiées :
- Une attaque de revendication idéologique, dans la lignée de celles ayant déjà visé plusieurs services publics français fin 2025.
- Ou une pression financière déguisée visant à tester la résilience des infrastructures d’État, un scénario classique à l’approche des fêtes, période où les services de livraison et bancaires sont saturés.
Cependant, aucune compromission de données clients n’est signalée : l’objectif était clairement de bloquer le fonctionnement, pas de voler des informations.
Quelles solutions contre les attaques DDoS ?
Même si le risque zéro reste illusoire, il existe des outils et des stratégies efficaces pour limiter drastiquement l’impact des DDoS :
- Protection “anti‑DDoS” tierce : faire transiter le trafic par un prestataire spécialisé (Cloudflare, Orange Cyberdefense, Akamai, etc.) capable d’absorber plusieurs térabits par seconde.
- Réplication géographique et load‑balancing : répartir intelligemment les requêtes sur plusieurs infrastructures, voire entre fournisseurs de cloud différents.
- Détection comportementale : identifier automatiquement les pics anormaux et déclencher un mode “mitigation” automatique en une fraction de seconde.
- Communication transparente : informer rapidement les usagers de la panne et publier des canaux alternatifs pour rassurer le public, éviter la désinformation et conserver la confiance.
Ces mesures coûtent cher, mais restent moins coûteuses qu’un arrêt national : une seule journée d’interruption pour La Poste représenterait plusieurs millions d’euros de pertes directes et d’atteinte à l’image de marque.
Pour les TPE/PME ou collectivités, cet épisode rappelle que des solutions de filtrage “cloud” ou des hébergements renforcés sont aujourd’hui accessibles, même à petite échelle. Mieux vaut prévoir que subir.
Conclusion
L’attaque DDoS contre La Poste en décembre 2025 montre à quel point les infrastructures essentielles restent vulnérables face à des attaques massives automatisées.
Si aucune fuite n’est à déplorer, l’incident rappelle l’importance d’une préparation continue, d’une infrastructure élastique, et d’une coordination rigoureuse entre acteurs publics et privés pour protéger les services numériques de première nécessité.